Après un débat houleux, le Parlement français accepte les modifications du budget du pouvoir de dépenser

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Après quatre jours d’affrontements verbaux souvent violents, l’Assemblée nationale française a finalement voté mercredi matin les ajustements budgétaires nécessaires pour financer les mesures visant à stimuler le pouvoir d’achat.

Les ajustements au budget 2022 ont été soutenus par 293 députés, rejetés par 146, avec 17 abstentions.

Le groupe parlementaire républicain de droite a soutenu le gouvernement. Les députés du Rassemblement national d’extrême droite ont toutefois boycotté le vote, laissant le parlement en masse pour protester contre le rejet d’une demande d’augmentation de 500 millions d’euros des retraites.

Ce deuxième débat sur le pouvoir de dépenser fait suite à l’accord vendredi dernier du Parlement français d’allouer 20 milliards d’euros supplémentaires de financement d’urgence pour aider les moins nantis face à l’inflation.

Au total, des ajustements budgétaires de 44 milliards d’euros ont été convenus par les députés, dont 9,7 milliards qui seront utilisés par le gouvernement pour racheter les actions privées restantes dans la compagnie nationale d’électricité, EDF.

Le reste de l’argent servira à soutenir le plafonnement des prix de l’énergie. La subvention de 30 centimes par litre sur le carburant a été prolongée jusqu’à fin octobre. Il doit y avoir une augmentation de salaire pour les fonctionnaires. Et la redevance TV a été supprimée, ce qui signifie que les 138 euros payés par 23 millions de foyers français doivent être trouvés ailleurs.

Une proposition de gauche visant à imposer une taxe sur les bénéfices « excédentaires » des grands groupes industriels a été rejetée de justesse.

Concessions en espèces aux opposants politiques

Le Monde affirme que le gouvernement a fait adopter ses mesures “difficilement”, à l’issue d’une session parlementaire qualifiée d'”explosive”.

La faction présidentielle et ses alliés ont bénéficié du soutien des 54 députés de la droite républicaine, soucieuse de se positionner comme une “opposition constructive”. Mais ce soutien a un prix.

Selon Le MondeSelon ses calculs, le projet de loi voté mardi soir prévoit au moins 350 millions d’euros pour financer les propositions de l’opposition.

Les coûts politiques sont plus difficiles à estimer.

Le paysage parlementaire est désormais clair, selon plusieurs critiques de gauche. Le soi-disant gouvernement centriste s’est formé ad hoc Alliance avec la droite dominante.

Selon la députée socialiste Christine Pirès Beaune, “nous avons maintenant la gauche contre les conservateurs et les libéraux”, une configuration parlementaire classique.

« C’est une honte. Vous devriez avoir honte ! a hurlé le député communiste André Chassaigne face au ministre des Finances sur le refus du gouvernement d’augmenter les retraites.

“Vous ne durerez pas cinq ans comme ça”, a averti Eric Coquerel du groupe d’extrême gauche France Insoumise au parti présidentiel. “Vous n’avez plus la majorité absolue.”

“Mais nous avons quand même une majorité”, lui a rappelé Bruno Le Maire sous les huées de l’opposition et les applaudissements des bancs du gouvernement.

L’efficacité de cette majorité devra être reconfirmée, probablement avec des concessions, avant chaque vote majeur.

Nuit du psychodrame parlementaire

Aile droite Le Figaro écrit sur une « nuit de psychodrame » au parlement français, notant que le ministre des Finances a été obligé de rappeler à l’assemblée que « la démocratie n’est pas l’anarchie », et que la séance de mardi a été interrompue à plusieurs reprises pour permettre le rétablissement de l’ordre.

A un moment, Bruno Le Maire a appelé ses collègues du gouvernement à “résister à la diatribe populiste, à refuser les appels à l’argent gratuit ou facile, financé en laissant le pays avec une future montagne de dettes”.

Enfin, selon les analystes de business paper Les Échos, le gouvernement a fait passer l’essentiel de ses mesures. Ils ont payé plus qu’ils ne l’auraient souhaité, mais ils ont réussi à défendre une ligne rouge politique.

Reste à savoir combien de temps ils pourront continuer à le faire.

La loi de rectification budgétaire va maintenant être soumise au Sénat français.

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